Under(the)line
Pièce photographique en dix parties, 2009
Leica D-Lux 3

Bourj Hammoud est traversé par un pont autoroutier.

Cet ouvrage d’infrastructure qui érafle les immeubles constitue une cassure et une démarcation dans le tissu urbain.

Comment vivre avec ce monstre de béton ?

Sur la ligne
Glisser, rouler à toute vitesse ; impossible de s’arrêter.

Mis sous tension par la menace constante d’un crash que ne cesse de rappeler le vrombissement des automobiles, le corps est aliéné et rejeté de cet observatoire funambulesque.

Sous la ligne
La colossale charpente grise masque le ciel, comme dans une ville souterraine ; Metropolis, Le roi et l’oiseau, Les prisons de Piranèse.

Sous sa chape protectrice se croisent furtivement ceux qui passent et ceux qui sont là. Non loin du fumeur de narguilé qui pose fièrement avec ses fils, un sans abri dort entre deux piles de soutènement. «Haram!», lance une voix anonyme.

J’ai demandé à Yara de s’installer quelque part, avec pour seule pièce de mobilier un tabouret en plastique. Elle a attiré comme des mouches des garçons à mobylette. Le gendarme municipal à vélo est arrivé, leur manifestant explicitement l’ordre de se bien tenir.

En contrebas d’une sortie de l’autoroute, Ali est venu à notre rencontre. Réfugié du Sud depuis 18 ans, Ali habite une cabane encastrée sous l’échangeur. Il vit de charité et d’un travail occasionnel de portefaix. Cette nuit-là Ali était heureux, car « son » terrain était couvert de fleurs jaunes.